Même si je délaisse copieusement ce blog au profit de ma newsletter mensuelle, je me suis dit qu’il valait le coup de faire mon bilan de cette année de mission par ici.

Et oui, déjà un an (et un peu plus maintenant) que j’ai quitté mon cher Sud-Ouest pour l’Île Rouge. Et il s’en est passé des choses en 366 jours. Que d’étapes franchies depuis mon atterrissage à 23h30 le 3 septembre 2015.

Heureux hasard, le même jour, à la même heure, du côté de Ste Colombe de Villeneuve, Laure et Bruno accueillaient un petit Alexis.

Alexis, je ne l’ai jamais rencontré mais comme lui, cette année, j’ai découvert tout un monde, babillé dans une langue que je ne maitrise pas trop, agrandi mon cercle de proches, appris à marcher en terrain parfois hostile. Je suis aussi tombée mais je me suis aussi relevée en osant prendre la main qui se tendait.

366 jours, ce sont 12 mois et seulement 2 saisons! Celle où il a fait si chaud et où la pluie ne nous a pas autant arrosés qu’espéré… Et puis celle où il a fait si froid que je pouvais passer mes journée enroulées dans une couverture devant mon ordinateur.

C’est aussi le cycle la nature. A mon arrivée, les rizières servaient à fabriquer des briques en terre mais déjà des pépinières verdoyantes faisaient leur apparition. Avec la pluie, les zébus ont pu enfin labourer ces champs afin de préparer la terre au repiquage. Entre les deux, j’ai pu découvrir des fruits et des saveurs inconnus; le kono-kono, le corossol, la grenadelle… et le litchi! J’ai découvert le VRAI goût de la banane et de l’ananas cueillis à maturité. Et puis, un jour, les rizières ont reverdi à perte de vue et j’ai attendu la récolte. Aujourd’hui, je retrouve les paysages de mon arrivée. Les rizières ont encore servi à faire des briques et ce sont les fours les séchant qui se substituent aux épis.

C’est un an de travail au LPS… et 11558 flacons produits! Le CIMOPAR, c’est LA raison de ma venue ici… mais ce n’est pas tous les jours ma plus grande source de joie et d’épanouissement. La rencontre avec Sr Claudine, même si elle est riche, fait aussi parfois des étincelles! Mais il y a la satisfaction de ces procédures remises à jour et qui me permettent de faire de vraies analyses. Il  y a la joie dans la simplicité des échanges avec les salariés (Mme Céline, Mme Marline, Benja et Pascal), avec Sr Sco et maintenant avec Sr Jacqueline.

Et enfin, il y a tout ce qu’il y a autour et qui n’est pas la mission écrite sur le papier!

Les rencontres si nombreuses et si différentes les unes des autres. J’ai la tête pleine de tous ces regards que j’ai croisés et des sourires que j’ai eu la chance de pouvoir échanger. Tous méritent d’être décrits… De l’enfant sur le dos de sa mère au « dada be », beaucoup m’ont touchée, interrogée, interpelée… aucun ne m’a laissée insensible.

Il me faut néanmoins rétablir une vérité. Avant d’arriver ici, j’ai entendu beaucoup de gens dire « Les malgaches sourient tout le temps! ». Hélas, ce n’est pas vraiment le cas. Si vous les observez dans la rue, vous verrez qu’ils ne sourient pas, que leurs regards sont préoccupés par bien des choses, sans doute le soucis de savoir de quoi sera fait le lendemain ou encore ce qui pourra remplir l’assiette du prochain repas. Mais, si vous prenez le temps de vous arrêter, de rendre sa dignité d’homme et de femme à celui et celle que vous croisez en le regardant comme une personne; alors, oui, ses yeux et son visage s’illumineront d’un franc et beau sourire! Peut être qu’en 12 mois ici, j’ai appris un peu plus à dépasser les a priori et les idées de carte postale… Il est certain que j’ai été touchée par la simplicité des échanges même si je regrette qu’ils soient encore biaisés par ce que ma couleur de peau peu signifier… Les enfants que je croise tous les jours tentent encore un « Donne moi le bonbon » ou un « Donne moi l’argent »… Quand ce sont des adultes qui font cette dernière demande, c’est bien plus gênant…

Il y a aussi la rencontre, pas toujours très belle et souvent révoltante, avec la réalité d’un pays dans le « Top 5 des pays les plus pauvres ». La corruption et l’incompétence de certaines institutions y sont omniprésentes. Du gendarme qui met 2000Ar dans sa poche et qui ferme les yeux sur l’excès de chargement du taxi-brousse à l’agent de la préfecture qui demande 1000Ar pour son forfait téléphonique pour me prévenir de l’arrivée d’un VISA que je n’ai toujours pas. Et que dire d’un ministère qui préfère – en toute connaissance de cause – demander de changer un résultat plutôt que de prendre le temps d’étudier en détails les mises à jour? Je suis impuissante dans ce système qui me révolte, qui remet en cause mon éthique et mes valeurs. C’est le système, me direz-vous? Mais ce système, que fait-il quand l’accident de taxi-brousse arrive car le véhicule vétuste est déséquilibré? … Une chose est certaine: ici, j’ai appris à accepter ce que je ne pouvais changer. Ce fameux « lâcher prise » qui me faisait tant défaut.

Et puis, il y a la découverte de tous les différents visages du volontariat, tous ceux que je n’aurai jamais croisés si je n’avais pas répondu à un certain Appel. Après tout, nous avons tous répondu à cet Appel… même si tous ne le voient pas de la même manière. Qu’il est beau ce peuple de migrants (car oui, nous sommes des migrants puisque nous avons choisi de quitter notre pays… là où d’autres y sont contraints), si divers, à la recherche de vivre autrement, de dépaysement et de dépouillement. Les amitiés nouées ici sont sans doute plus vives que celles nouaient au fil du temps dans la « vraie » vie. A chaque départ, nous nous promettons de nous retrouver, en France, en Belgique ou en Italie. J’espère que nous nous y tiendrons.

Mais la plus étonnante des rencontres, c’est celle que je fais avec moi-même. J’avais déjà initié ce long travail avant de partir et il m’a été très utile ici. Je découvre mes limites et mes ressources. Je trouve aussi une paix et un épanouissement qui m’avaient fait défaut ces dernières années, notamment  à cause de diverses tempêtes… Je découvre la joie de la prière communautaire, dans toutes les sensibilités et les diversités de chacun. J’apprécie la main tendue quand j’en ai besoin. Il ne sert à rien de faire la forte contre vents et marées. Il y a bien plus de force et de courage dans celui qui ose admettre qu’il ne peut avancer seul.

C’est sans aucun doute vous qui me direz si j’ai changé. Je ne le sais pas trop, je n’en ai pas trop l’impression. A mon retour, j’aurai besoin de vous pour m’aider à redécouvrir ce monde qu’indéniablement je vais regarder avec des yeux nouveaux.

J’espère qu’en retour, vous voudrez bien découvrir avec mon regard et mes mots, l’aventure de Vie, d’Humanité et de Partage qui s’écrit au jour le jour depuis le 3 septembre 2015.

1 émotion… 1 partage…: MERCI!